Voltaire 1768

 3 A. Handboeken

 

 


Voltaire

"Histoire de l’Empire de Russie sous Pierre le Grand”

Paris 1768

 

Deel 1, hfd. XV,  Tandis que Pierre se soutient dans ses conquêtes et police ses états, son ennemi Charles XII gagne des batailles, domine dans la Pologne et dans la Saxe. Auguste, malgré une victoire des Russes, reçoit la loi de Charles XII. Il renonce à la couronne; il livre Patkul, ambassadeur du czar; meurtre de Patkul condamné à la roue.

 

Le prince Menzikoff avait en tête, dans ces quartiers, une armée suédoise renforcée des Polonais du parti du nouveau roi Stanislas, commandée par le général Meyerfelt (Voltaire nommait ici Maderfeld le général que, dans son Histoire de Charles XII, livre III, il avait appelé Meyerfeld, et dont le véritable nom est Meyerfelt (Beuchot, advertissement 1829)) ; et ignorant qu’Auguste traitait avec ses ennemis, il lui proposa de les attaquer. Auguste n’osa refuser: la bataille se donna auprès de Calish (19 Octobre) dans le palatinat même du roi Stanislas: ce fut la première bataille rangée que les Russes gagnèrent contre les Suédois; le prince Menzikoff en eut la gloire: on tua aux ennemis quatre mille hommes, on leur en prit deux mille cinq cent quatre-vingt-dix huit. 

Il est difficile de comprendre comment Auguste put, après cette victoire, ratifier un traité qui lui en ôtait tout le fruit; mais Charles était en Saxe, et y était tout-puissant; son nom imprimait tellement la terreur; on comptait si peu sur des succès soutenus de la part des Russes, le parti polonais contre le roi Auguste était si fort, et enfin Auguste était si mal conseillé, qu’il signa ce traité funeste. Il ne s’en tint pas là; il écrivit à son envoyé Fingsten une lettre plus triste que le traité même, par laquelle il demandait pardon de sa victoire, « protestant que la bataille s’était donnée malgré lui; que les Russes et les Polonais de son parti l’y avaient obligé; qu’il avait fait, dans ce dessein, des mouvements pour abandonner Menzikoff; que Meyerfelt aurait pu le battre s’il avait profité de l’occasion; qu’il rendrait tous les prisonniers suédois, ou qu’il romprait avec les Russes; et qu’enfin il donnerait au roi de Suède toutes les satisfactions convenables pour avoir osé battre ses troupes ». 

 

Deel II, hfd. IV, Prise de Stettin (...)

 

Il réussit d’abord: il fit un traité (Juin 1713) avec le roi de Prusse, par lequel ce monarque s’engageait, en gardant Stetin en séquestre, a conserver à Charles XII le reste de la Poméranie. En vertu de ce traité, Görtz fit proposer au gouverneur de la Poméranie (Meyerfelt) de rendre la place de Stetin au roi de Prusse, pour le bien de la paix, croyant que le Suédois gouverneur de Stetin pourrait être aussi facile que l’avait été le Holstenois gouverneur de Tonninge; mais les officiers de Charles XII n’étaient pas accoutumés à obéir à de pareils ordres. Meyerfelt répondit qu’on n’entrerait dans Stetin que sur son corps et sur des ruines. Il informa son maître de cette étrange proposition. Le courrier trouva Charles XII captif à Démirtash, après son aventure de Bender. On ne savait alors si Charles ne resterait pas prisonnier des Turcs toute sa vie, si on ne le reléguerait pas dans quelque île de l’Archipel ou de l’Asie. Charles, de sa prison, manda à Meyerfelt ce qu’il avait mandé à Stenbock, qu’il fallait mourir plutôt que de plier sous ses ennemis, et lui ordonna d’être aussi inflexible qu’il l’était lui-même.

Görtz, voyant que le gouverneur de Stetin dérangeait ses mesures, et ne voulait entendre parler ni de neutralité ni de séquestre, se mit dans la tête, non seulement de faire séquestrer cette ville de Stetin, mais encore Stralsund; et il trouva le secret de faire avec le roi de Pologne, électeur de Saxe (Juin 1713) le même traité pour Stralsund qu’il avait fait avec l’électeur de Brandebourg pour Stetin. Il voyait clairement l’impuissance des Suédois de garder ces places sans argent et sans armée, pendant que le roi était captif en Turquie; et il comptait écarter le fléau de la guerre de tout le Nord au moyen de ces séquestres. Le Danemark lui-même se prêtait enfin aux négociations de Görtz: il gagna absolument l’esprit du prince Menzikoff, général et favori du czar: il lui persuada qu’on pourrait céder le Holstein à son maître; il flatta le czar de l’idée de percer un canal du Holstein dans la mer Baltique, entreprise si conforme au goût de ce fondateur, et surtout d’obtenir une puissance nouvelle en voulant bien être un des princes de l’empire d’Allemagne, et en acquérant aux diètes de Ratisbonne un droit de suffrage qui serait toujours soutenu par le droit des armes.

On ne peut ni se plier en plus de manières, ni prendre plus de formes différentes, ni jouer plus de rôles que fit ce négociateur volontaire; il alla jusqu’à engager le prince Menzikoff à ruiner cette même ville de Stetin, qu’il voulait sauver, à la bombarder, afin de forcer le commandant Meyerfelt à la remettre en séquestre; et il osait ainsi outrager le roi de Suède, auquel il voulait plaire, et à qui en effet il ne plut que trop dans la suite, pour son malheur.